35. LE BILAN D’HÉRAKLÈS
Nous nous remettons lentement de l’âpreté de la dernière partie. À présent, c’est comme s’il nous fallait un sas de décompression pour sortir de Terre 18.
J’étais juché sur un tabouret afin d’être à la hauteur du territoire des hommes-baleines, je descends et recule. D’ici, Terre 18 a l’air d’un gros ballon. Terre 18, la Terre-brouillon où nous essayons de faire aussi bien que le premier dieu sur Terre 1, me semble une maîtresse ingrate.
J’essuie mon front et m’aperçois une fois de plus que je suis poisseux de sueur. Des pieds à la tête. Je dois bien perdre 1 kilo par partie de jeu d’Y. Être dieu fait maigrir.
Héraklès s’assoit à son bureau et nous laisse discuter entre nous.
Mon cœur bat très fort, je suis partagé entre l’enthousiasme de ma victoire grâce au Libérateur et mon angoisse face à la manière dont tout s’est soudain inversé. Tant de travail pour aboutir à une situation aussi inconfortable.
Je me tourne vers Raoul :
— Tu ne vas tout de même pas me faire ça.
Mon ami passe ses longues mains sur son menton, il n’a pas l’air aussi affecté que moi par les événements.
— Et que me donneras-tu en échange si je l’épargne ?
— Nous sommes amis, non ? insisté-je.
— Notre amitié, c’est dans la vie, mais dans le jeu, c’est autre chose. Quand des amis jouent au poker, ils ne s’offrent pas des cartes durant la partie, il me semble…
— Moi, dans la même situation, je t’ai sauvé. Mon « Libérateur » a assiégé ta capitale mais il a épargné ton peuple.
Il me toise.
— Et je lui en sais gré.
Il reste imperturbable.
— Mais… une victoire ne compte que si on la mène jusqu’au bout. Ton général a frimé un moment et puis il s’est couché.
— Il a épargné ton peuple !
— Pourquoi ?
Sa question me surprend.
— Parce que tu es mon ami.
— C’est tout ?…
— Parce qu’il importe le plus tôt possible d’arrêter le cycle des violences, des vengeances, et d’instaurer la diplomatie comme nouveau langage entre les peuples. Nous avons signé un traité de paix.
À son tour, Raoul se cabre.
— Tu m’as humilié en me menaçant et en ne m’achevant pas. Tu aurais dû terminer le travail.
Si je comprends bien, il me reproche de l’avoir laissé… en vie.
— Mais ce traité de paix ! répété-je en me contenant.
— Je ne le respecterai pas.
— C’est déloyal.
— Pour moi il ne s’agit que d’une ruse. Laquelle fait partie du jeu. En tant que dieu, j’ai droit à tous les stratagèmes pour sauver mon peuple en danger immédiat. Ensuite, une fois le danger passé, je réfléchis mon intérêt à long terme.
— C’était un accord de paix. Pour que tous les deux nous sortions de ce guêpier où ton bellicisme nous avait entraînés malgré nous.
— La « paix », répète-t-il. « La paix » c’est un concept pour les mortels. C’est comme « le bonheur », ou « l’amour », des mots, rien que des mots qui font rêver. Rien de concret là-dedans. Il n’y a que des accélérations et des ralentissements dans la guerre. Disons que la paix est un entracte entre deux guerres.
— La paix est un idéal.
— Pour les mortels mais pas pour les dieux. D’ici on voit bien que la paix, c’est un truc pour les dieux faibles ou fainéants qui n’ont pas la patience d’organiser des conquêtes. À ce stade du jeu, il y a un travail militaire déterminant à accomplir. Quand ce travail sera proprement fini, que les frontières commenceront à se figer, la paix s’établira d’elle-même.
Je considère mon ami avec une distance nouvelle.
— Michael, ne sois pas naïf. L’accord de paix, je l’ai signé parce que j’étais dans une mauvaise passe et que j’avais besoin de temps pour me réarmer. C’est à ça que servent les traités de paix : à gagner du temps pour ensuite revenir frapper à coup sûr. Ne sois pas dupe, là-bas sur la croûte de Terre 18, c’est encore la jungle.
— Tu triches.
— Ne pas respecter un traité de paix n’est pas une tricherie, c’est un choix stratégique. Ce n’est pas avec les bons sentiments que se bâtissent les grandes civilisions. Tu ne vas pas me dire que tu crois aux propagandes des mortels, quand même !
— Les traités de paix sont un moyen de réduire la violence.
— Mais la violence EST la loi de la nature. Les animaux se battent. Combien de fois faudra-t-il que je te le répète ? Est-ce que les lions passent un traité de paix avec les gazelles ? Même les végétaux se battent. Même dans ton corps cette loi est valide. Est-ce que les lymphocytes passent un traité de paix avec les microbes ? Non, ils les éliminent parce que c’est la survie du système. Partout on tue pour survivre.
Raoul poursuit, en me fixant intensément :
— Si tu es incapable, comme je l’ai vu, d’assumer la victoire totale, alors tu n’es pas dans le sens de la Nature. Tu te crois plus évolué, alors que tu n’es que plus faible. Tu es un dinosaure.
Toujours son discours dur qui commence à m’énerver. Raoul a bien évolué, il a complètement intégré la force « D ». D comme Darwin.
— Moi, je crois que la gentillesse est un signe d’intelligence et d’évolution. Ceux qui gagnent au final sont ceux qui sont « gentils ».
Nous avons l’impression tous les deux de rejouer le même combat sans issue. Il ne me changera pas et je ne le changerai pas.
— Tu te souviens sur Terre 1 de ces ours qui sont devenus végétariens ? questionne-t-il.
— Les pandas ?
— Oui, rappelle-toi. Ils en avaient peut-être assez de leurs griffes, et de mordre et de tuer. Alors ils se sont mis à suçoter les bambous et… ils se sont retrouvés en voie de disparition.
— À ma place tu aurais donc…
— J’aurais pris la capitale, bien sûr. Et sans hésitation. C’est le jeu. Dès que tu as hésité, j’ai compris que tu n’étais pas capable d’assumer la force de ton général. Car j’ai bien compris que c’est toi qui en rêve l’as poussé à calmer le jeu. Les mortels ne sont pas stupides à ce point ! Il a réfléchi et il a laissé tomber. Les faibles réfléchissent et ne font rien, les forts ne se posent pas de questions et agissent. Ensuite, si ça foire, ils s’excusent et disent qu’ils ne l’ont pas fait exprès ou trouvent un officier qui sert de fusible et qui paye pour les autres.
Raoul a peut-être raison. Je ne vaux pas mieux que Théotime hésitant à se venger sur son ring de boxe. La peur de gagner, l’incapacité à mener une offensive à son terme, la peur de détruire, la crainte de s’abaisser à reproduire la sauvagerie de nos adversaires en se comportant comme eux…
Mon « Libérateur » s’est refusé à donner le coup de grâce. Je sais qu’il ne se voyait pas saccager, violer et piller la cité qui n’avait plus les moyens de se défendre. Cela lui paraissait s’avilir. Alors il a gardé la tête haute et il est rentré. Et voilà le résultat…
Raoul ne cille pas.
— Delenda est Carthago, dit-il sobrement.
La phrase du général romain Scipion s’apprêtant à détruire la capitale ennemie. « Carthage doit être détruite. »
Une voix résonne dans mon dos :
— Et ce n’est que justice. En copiant les Carthaginois vous revivrez leur calvaire, prononce Héraklès.
— Qu’est-ce que vous avez à me reprocher ? demandé-je.
— J’ai à vous reprocher, monsieur Pinson, que vous reproduisez exactement certains épisodes de l’histoire de Terre 1.
— C’est un crime ?
— De copier, oui. C’est la facilité. C’est mal… même si c’est répandu. Ne vous étonnez pas que les mêmes causes entraînent les mêmes effets. J’ignore comment vous vous débrouillez pour disposer d’informations aussi précises mais, sans aucun doute, vous avez copié l’histoire de Terre 1.
Notre professeur auxiliaire fronce les sourcils.
— Vous vous figurez que je n’ai pas reconnu Hannibal le Carthaginois et ses éléphants ? Votre « Libérateur » est une pâle copie du vrai. Et encore s’il n’y avait que vous, Pinson ! Eiffel avec son sage, qui ressemble à Siddhârta. Et ce pseudo-Alexandre le Grand que j’ai entrevu tout à l’heure chez les lions… L’« Audacieux », c’est ça. Incroyable comme tous, vous êtes peu imaginatifs.
Je dissimule dans les plis de ma toge mon Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, afin qu’il ne voie pas d’où je tire mes informations si « précises » sur les péripéties de Terre 1. C’est vrai que je connaissais la passion de mon maître Edmond Wells pour Hannibal le Carthaginois, et c’est vrai que j’avais dévoré les aventures de ce jeune général qui avait, contre l’avis de son propre gouvernement, monté une expédition armée pour mettre en déroute son envahisseur sur son propre terrain. Le fait que j’aie découvert qu’il était, en plus, antiesclavagiste et qu’il avait littéralement libéré l’Espagne et le sud de la Gaule m’avait ébloui Au point de me dire que si je devais revenir un jour sur Terre comme mortel j’appellerais mon fils du nom de ce héros. Hannibal seul contre les Romains, Hannibal épargnant son adversaire à terre, Hannibal trahi par les siens jaloux. Un héros.
« Faire preuve d’originalité », inscrit Héraklès au tableau. Il le souligne plusieurs fois.
— C’est tout juste si je n’ai pas retrouvé dans votre fatras de héros usés une reproduction quelconque de… moi-même. Pour cette partie, je ne vais pas saluer les meilleurs, je citerai dans l’ordre les moins mauvais.
Héraklès se rassied, consulte son calepin et annonce :
— Donc, premier, malgré la banalité de son « héros »… Gustave Eiffel, avec son peuple des hommes termites. Sa philosophie de type bouddhiste s’exporte bien. Il a élaboré une sorte de force molle dans laquelle s’engluent ses envahisseurs. C’est bizarre mais cela fonctionne. Gustave Eiffel, à mon avis, est celui qui incarne le mieux ici la force « A » d’association.
Nous n’osons applaudir un éloge aussi tiède.
— Deuxième, Georges Méliès et ses hommes-tigres en plein essor. Il a accompli sa révolution industrielle, il a établi une administration aux ordres des services secrets qui contrôlent bien le territoire de l’intérieur. Il incarne la force « N », neutre parce que sans aucune dynamique de défense ou d’attaque. Les hommes-tigres gèrent, sans ambition ni peur. Voilà une civilisation vraiment stable.
Quelques applaudissements.
— Troisième : Raoul Razorback et son peuple des hommes-aigles parce qu’il s’est rapidement remis de sa défaite contre les baleino-dauphins pour se relancer à la conquête du monde. C’est même étonnant mais il semble plus fort après avoir surmonté cette épreuve. Comme si d’être passé si près de l’annihilation lui avait donné une énergie nouvelle. Excellente capacité de réaction offensive. Razorback incarne la force « D », force d’attaque et d’invasion, force guerrière dans toute sa splendeur.
Applaudissements à peine plus nourris auxquels je ne me joins pas.
Héraklès égrène ensuite un chapelet de noms, je ne suis pas dans les dix, ni les vingt, ni les cinquante premiers.
Je commence à m’habituer à l’idée que je finirai bon dernier. Une gentillesse de trop, et ma civilisation et moi, nous sommes condamnés.
— Soixante-dix-huitième et avant-dernier : Michael Pinson. Une armée en miettes, une capitale en ruine, un peuple dispersé. Vos hommes-dauphins sont partout minoritaires, partout éparpillés, partout persécutés… Pas très glorieux, tout ça.
Je murmure :
— Mes savants et mes artistes demeurent prolifiques.
— Ils sont au service d’autres civilisations qui les tolèrent plus ou moins. Votre capitale tombée, ils ne seront plus que les esclaves des peuples guerriers. Pour un peuple qui a toujours lutté contre la servitude et pour l’émancipation des individus, c’est quand même un vaste échec.
Je ne cille pas.
— Mes explorateurs, mes caravanes, mes navires parcourent le monde. Dans la plupart des comptoirs de commerce, on parle la langue des dauphins. C’est aussi la langue des scientifiques de beaucoup de pays.
— Mais il suffit que vos commerçants tombent sur de simples pirates pour être réduits à rien. Le moindre de vos scientifiques peut être à la merci d’un massacre. On ne remarquera même pas sa disparition.
— J’ai choisi l’intelligence, la créativité et la… paix.
Depuis la discussion avec Raoul, j’hésite maintenant à prononcer ce mot qui m’apparaît un peu galvaudé. Héraklès me fait face.
— Mauvais choix. Vous auriez dû commencer par la force. Il faut d’abord être fort, ensuite seulement on peut se permettre le luxe d’entretenir de nobles idéaux. Comme disait votre collègue Jean de La Fontaine, ici présent : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. »
Jean de La Fontaine semble gêné d’être ainsi cité. Il fait mine d’être plongé dans des réflexions personnelles. Il faut dire que son peuple des mouettes, pour l’instant, n’a rien fait de spécial et se maintient dans un coin du continent isolé, commençant timidement à envoyer des bateaux pour faire du commerce avec ses voisins.
Je cherche du regard des soutiens mais n’en trouve pas. Tous ont perçu, en jouant au dieu avec leur peuple, que les valeurs morales que nous ont inculquées nos parents ou nos professeurs à l’école n’ont plus de sens ici. Aeden est au-delà du bien et du mal.
Je regarde Héraklès qui semble sincèrement me souhaiter de comprendre. Il arbore ce même air désabusé qu’affichait tout à l’heure Raoul.
— Si vous n’êtes pas dernier, m’explique Héraklès, c’est précisément parce que vos scientifiques, vos artistes et vos explorateurs, même s’ils vivent sous des jougs étrangers, ont conservé l’esprit de votre civilisation et continuent à leur manière de la faire survivre. Ils n’ont plus de patrie, évidemment, mais une fois de plus, ils vous sauvent la mise grâce à leur culture vivante.
Puis il ajoute, après avoir lancé un dernier regard à mon peuple avec son ankh :
— Ce sont vos livres qui sont votre seul territoire sûr, Michael. Avec vos livres, vos fêtes, vos légendes, vos mythologies, vos valeurs… vous possédez une patrie virtuelle.
— Ma culture est suffisamment puissante pour être capable de renaître n’importe où, n’importe quand, affirmé-je, presque pour m’en convaincre. Si mon jeune général, le Libérateur, a su si vite monter une armée c’est grâce à ces valeurs qui touchent toutes les personnes intelligentes.
Héraklès me jauge.
— Ce n’est pas faux. Le problème c’est que vous partez du principe qu’il existe une majorité de gens intelligents… épris de liberté.
La salle éclate de rire. Je ne réponds pas.
— Regardez le monde tel qu’il est et non plus tel que vous souhaiteriez qu’il soit.
Je n’ai rien à répondre à cela.
— Est éliminé, le dernier : Étienne de Montgolfier et son peuple des hommes-lions. Ce qui nous amène au décompte de 79 – 1 = 78.
Montgolfier bondit :
— Vous avez dû vous tromper. Impossible.
— Mais si, dit le Maître auxiliaire. Vous ne pensez qu’à faire la fête et à jouir dans des orgies. Même vos poètes sont devenus décadents.
Montgolfier bafouille :
— Laissez-moi un peu de temps et je me reprendrai.
— Vos cités sont en pleine déchéance. Elles se querellent pour de sombres affaires de terrains de chasse ou de détournements de ruisseaux. Elles sont assujetties à l’impôt des hommes-aigles. Votre flotte est obsolète. Votre population pléthorique déborde hors de vos frontières mais vous n’avez pas les moyens de vous lancer dans des guerres d’invasion pour lui donner plus d’espace. Qui n’avance pas recule, monsieur de Montgolfier.
Il est tout rouge.
— Ce n’est pas ma faute, c’est la faute à… Pinson.
Pourquoi finissent-ils tous par me détester ? Probablement parce qu’ils n’ont pas à redouter mes représailles, alors que s’ils accusaient Raoul, ses hommes-aigles les attaqueraient vite fait.
— En accueillant les hommes-dauphins de Pinson, j’ai laissé entrer le ver dans le fruit.
Il a oublié mes bienfaits. Comme Clément Ader et ses hommes-scarabées. Ils finissent par s’autopersuader que ce que je leur ai donné, ils l’avaient déjà. À chaque génération ils minimisent mon apport pour ne pas avoir à me dire merci.
— En créant une classe d’intellectuels et de philosophes, Pinson a fait perdre l’énergie guerrière à ma nation.
Au moins il se rappelle que cela vient de moi.
— C’est lui qui a poussé les miens à faire la fête, à s’adonner à la danse, à la musique, au théâtre…
Il me désigne d’un doigt accusateur.
— Il a appris à mes femmes à se déhancher dans des danses lascives et à mes hommes à préférer la fête à la guerre. Quand les hommes-aigles sont arrivés, les miens étaient déjà tous transformés en mauviettes.
Montgolfier se lève et s’avance vers moi, menaçant :
— J’aurais dû anéantir ton peuple dès qu’il a posé le pied sur mes terres.
Des élèves le retiennent. Il se tourne alors vers les autres, et à la cantonade :
— Je conseille à tous les élèves de repousser les hommes-dauphins…
— Mes hommes-dauphins t’ont apporté toutes leurs connaissances, rétorqué-je.
— Je n’en avais pas besoin. Regarde où cela m’a mené. J’aurais préféré rester ignorant.
— Je t’ai donné le savoir de mon peuple parce que tu me l’as demandé.
— Eh bien c’était une erreur. Je préfère encore échouer sans toi que réussir avec toi.
Il se dégage, mais Héraklès s’interpose :
— Assez. Je n’aime pas les mauvais perdants. Et il y a certaines phrases qui ont un poids historique trop lourd pour que je les laisse en suspens. Vous avez perdu, Montgolfier. Fichez-moi le camp de l’histoire du monde 18. Comportez-vous en dieu, même dans la défaite.
Héraklès frappe dans ses mains et déjà les centaures sont là, l’attrapent sous les aisselles.
— Ne me touchez pas. Ne mettez pas vos sales pattes de chimères sur ma toge. Mon peuple était exemplaire, exemplaire, vous m’entendez ! Ce sont les hommes-lions qui ont tout inventé. Les hommes-aigles nous ont copiés. Même ton jeune général, ton Libérateur, Michael, était éduqué dans l’admiration de mon peuple. Il a copié mes stratégies de bataille. J’ai bien vu tes mouvements de cavalerie par les flancs. C’est moi qui ai inventé ça. Nous avons été un phare pour tous les autres peuples, un phare ! Sans moi cette planète ne serait pas ce qu’elle est.
Montgolfier poursuit ses imprécations, lesquelles résonnent encore au-dehors :
— Tuez les dauphins, tuez les dauphins ! Tuez Michael, s’il y a un déicide parmi vous je lui indique la prochaine victime. Tuez Michael !
La salle ne réagit pas vraiment. Je suis comme tétanisé devant autant d’hostilité de la part d’un congénère, dieu qui plus est.
Raoul s’approche de moi.
— Laisse. Tes gens peuvent venir chez moi quand ils veulent. Je suis tout à fait disposé à leur laisser construire des écoles, des laboratoires, des théâtres comme ils l’ont fait chez les hommes-lions et ailleurs.
Je reste dubitatif. Alors il ajoute :
— Les hommes-dauphins n’auront évidemment chez moi qu’un statut de « minorité tolérée ». Il sera interdit à tes gens de posséder des terres ou des armes. Pour le reste, Michael, je te protégerai contre tous…
Je ne sais comment prendre ça, de la part de celui qui s’apprête à réduire à un tas de poussière ma capitale baleino-dauphin.
— Moi, je n’ai pas d’aversion pour les intellectuels, complète-t-il, se voulant rassurant.